LEGENDES_Somme II


Fabuleux SOMME II

Légendes

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Il était une fois…

SOMME II « Pour rester fidèle à ce que je suis »… la suite

Le baliseur épris de liberté, largue ses amarres… la suite

Parfois de l’inattendu surgit dans la vie d’un homme du balisage… la suite

Dans le sillage d’une idylle iodée…la suite

SOMME II, un baliseur sur lequel on peut compter…la suite

Quel est le lien étroit qui unit t’chiot Louis et Clovis, ancien capitaine de SOMME II… la suite

SOMME II et le secret de la forêt d’Eu… la suite

 

SOMME II, baliseur de la baie de Somme 

(Thomas Dupont/Alejandro Botero/juin 2019)

C’est une histoire qui se passe en août 1950, sur le port de St Valery. 

Ils sont venus, ils sont tous là pour le voir arriver, c’est un véritable évènement…

Le voilà qui pointe son nez… Il est beau, il est grand, il est costaud…

Qui est-il ?

Il était une fois…

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LIBRE !

 

De mauvais augure, les nuits noires et profondes sont les plus propices à quelque forfait mais si à cela s’ajoute un épais brouillard, on imagine aisément l’appel à errer des démons les plus fous.

C’est au cours d’une de ces nuits, dans l’ambiance glaciale de février, Quai Lejoille, sur le port de St Valery, que se met en place le théâtre d’une maléfique manigance.

Peut-être fallait-il qu’arrive cette nuit fatidique, la nuit parfaite, patiemment attendue, ruminée, préméditée ?

Il faut dire que l’atmosphère épaisse et envoûtante s’y prête, à peine devine-t-on les halos blafards des réverbères qui diffusent des taches lumineuses, floues, flottantes et incertaines. A peine entend-on quelques reliquats des voix de flâneurs tardifs qui se diluent et se perdent dans la matière gazeuse humide quasi palpable du sombre brouillard.

© Luis LINARES

Au niveau des quais, sont habituellement amarrés quelques bateaux à côté de l’emblématique SOMME II, l’ancien baliseur de la baie, classé Monument Historique. On en devine la présence grâce aux clapotis des vagues sur sa coque et aux cliquetis des accastillages. Dans cette « purée de pois » ces précieux indices sonores permettent de ne pas choir dans le port en franchissant dangereusement le bord du quai.

Mais nulle crainte à avoir ici pour qui mal pense, plus que jamais, tout est incognito, fantomatique, invisible, on pourrait se sentir invulnérable, hors d’atteinte. Toutes les stratégies morbides seraient-elles permises ? Là à l’abri de tous les regards et autres témoins, on ne peut qu’imaginer le geste intentionnellement destructeur, iconoclaste et lâche du malfaisant, dans ce qui va suivre…

 

Eh bien oui, ce qu’aucun marin digne de ce nom n’oserait projeter, souhaiter et même penser par pur respect et humilité face à la moindre embarcation ou même simplement par superstition et peur d‘attirer les foudres des spectres des abysses.

 

Eh bien oui, l’entreprise sacrilège a certainement bien lieu, une main coupable armée d’un instrument tranchant sectionne méthodiquement les amarres dédiées à SOMME II, passant d’un anneau à l’autre, sûrement à tâtons une pareille nuit.

© Collège Jules FERRY Conty

La chose est entendue, ce n’est pas le fruit du hasard. Le plan machiavélique repose bien sur la volonté avérée d’une nuisance irrémédiable et de surcroît au moment précis du flot d’une marée de vives eaux.

C’est bien SOMME II qui est visé, saboté !!!!

Comment est-ce possible, lui ce vaillant navire qui pendant un demi-siècle a rendu tant de services aux gens de la mer en balisant le chenal d’accès à la Manche, ou en sauvant de la noyade tant de rescapés piégés par les flots et les violents courants, lui, fierté des habitants de la baie, symbole de fidélité et de sécurité…Lui, le bateau de tous !!!

Le calcul du malfrat est certes cynique mais particulièrement malin.

Les amarres rompues, le navire est livré à lui seul face à la puissance d’une forte marée montante, le désastre bien que non visible cette fameuse nuit est imminent.

© Luis LINARES

Nul n’est besoin d’être devin ou expert pour comprendre qu’une masse en déplacement égale à 78 tonnes, a une force d’inertie monumentale accentuée par la puissance du courant, possède une capacité de destruction massive. De toute évidence, porté par la marée SOMME II devrait bousiller une grande partie des pontons, des élégants voiliers, et des coquilles de noix du port de plaisance situé en amont.

Pour ce brigand, à défaut de voir son œuvre dans cette dense obscurité, il ne lui reste plus, pour se délecter, qu’à attendre le barouf occasionné par ce fracas. Puis, sauf à être piégé par les débris du massacre, le baliseur pourrait continuer sa course folle, aspiré cette fois par le jusant, jusqu’à …qui sait…perdu à jamais au beau milieu de la Manche.

Mais qu’a-t-il donc fait pour susciter autant de haine ?

Tel aurait dû ou pu se dérouler le scénario  fomenté par ce bandit, mais ce serait faire un affront à la réalité des éléments. Ce vilain lascar est certes nocif mais peu éclairé.

© Luis LINARES

En vérité, la dynamique des marées dans le port de St Valery relève d’une tout autre logique. En fin de parcours, le flux vient se heurter aux portes des écluses maritimes pour générer un retour de courant proportionnel à la force d’impact de l’eau. Justement, c’est ce qui a permis à SOMME II de bénéficier de la conjugaison de ces courants opposés qui agissent en tempérant les forces actives. Lui, sait tout cela.

Ainsi le port de plaisance a été épargné, le carnage n’a pas eu lieu !!!

A la faveur de ce flot quelque peu assagi, toujours dans la plus pesante noirceur atmosphérique, SOMME II n’a pas démenti sa réputation de « bateau sûr et stable » selon Francis Dallery, son concepteur. Il s’est laissé glisser, a doucement pivoté et dérivé gentiment dans l’étroitesse du port comme guidé par la pensée de son cher capitaine dans la tactique de sortie habituelle du port depuis 70 ans, et non loin de là, à 1km face à la place, bien nommée des Pilotes, s’est proprement et joliment échoué sur un banc de sable accueillant. Proue pointée vers la ville, tranquillement stable en attendant l’hypothétique arrivée de « Bébert » le capitaine.

© Collège Jules FERRY Conty

SOMME II, fidèle à sa réputation,  nous a sûrement signifié qu’il ne démérite pas et qu’il est une fois de plus digne de confiance. 

Pourtant qu’elle ne fût pas la stupeur du capitaine « Bébert » apprenant par des valéricains eux-mêmes surpris de ce mystérieux échouage, que SOMME II s’était installé sur ce banc de sable au sec faisant le beau avec panache non sans une certaine arrogance.

Pour Bébert, c’est une toute autre version, « Pépère », comme il surnomme tendrement le bateau a une âme, il s’est humanisé aux contacts des gens de la mer qu’il a toujours accompagnés, il est tellement lié à l’histoire et à l’activité des hommes qu’il en est totalement imprégné, 

« SOMME II est bien plus qu’un bateau, c’est un symbole vivant ! »

© Luis LINARES

D’ailleurs, à défaut de parler notre langage, SOMME II s’exprime quand même grâce à la musique de son moteur connue de tous. Il a même adopté quelques-uns de nos comportements : docile, oui mais avec un caractère coriace. « Bébert », le capitaine, ne dirige pas, ne pilote pas «  Pépère » le baliseur, il négocie avec lui une véritable collaboration dans une singulière et tendre complicité. Ils fonctionnent en harmonie.

© Collège Jules FERRY Conty

Quant au voyou de l’affaire, auteur des faits toujours impunis, malgré les ragots et autres commérages, qu’il garde bien à l’esprit que SOMME II est une mémoire flottante et qu’il se souvient au plus profond de sa coque du bien qu’on lui a fait tout autant que du mal !!!!

Mais, halte là, ne pendons personne à la grande vergue en toute hâte.

Quiconque n’a pas plaqué l’oreille tout contre un large coquillage finement spiralé ou se diffuse l’écho de la mémoire des lieux, ne peut tirer de conclusions. C’est seulement les nuits glacées d’hiver enveloppées d’un dense brouillard comme cette mémorable nuit qu’on peut y entendre entre autres tintamarres de cornes de brume, un arrière fond de ricanements. Cette présence sonore se fait de plus en plus audible et se précise sous forme de percussions bien cadencées qui ne sont autre que le timbre typique du moteur de SOMME II.

© Collège Jules FERRY Conty

Le précieux coquillage est expansif, il en dit long. Le verdict est là à portée d’oreilles pour qui n’est pas sourd. Le suspense a assez duré. SOMME II a le cœur assez noble pour avouer sa farce dont elle n’est ni la première ni la dernière. A chaque nuit semblable, seul il se libère des amarres pour une escapade à l’invitation de la baie, sa baie, son amie dont il est si familier. Qui mieux que lui peut la comprendre, l’amadouer et l’honorer.

Au contact des hommes, il a pris goût à l’aventure et à la liberté, il s’échappe en catimini, non pas par insoumission mais pour simplement prouver qu’une telle chose est possible, rien de plus.

© Luis LINARES

Quand la réalité dépasse la fiction, les apparences sont parfois trompeuses.

© Luis LINARES

ASSOCIATION SOMME II  Christian PORQUET  2021

Libre !!!

(Association Somme II/ Christian Porquet/mars 2021)

C’est une histoire étrange…

Pourquoi, en ce petit matin d’hiver, le baliseur SOMME II est-il échoué là sur les sables en face de la Place des Pilotes ? 

Un véritable mystère qui intrigue tout un chacun…

Il était une fois…

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Le marin du Crotoy

(Association Somme II/Thomas Dupont/ Ecole primaire du Crotoy/mai 2021)

C’est l’histoire d’un jeune marin du Crotoy…

Ce jour-là, comme souvent, il traverse la baie à pied pour rejoindre le port d’en face, St Valery. Là, il retrouve ses 2 collègues, deux vieux loups de mer. Ils s’apprêtent tous les 3 à embarquer sur le baliseur de la baie de Somme, le mythique SOMME II…

Une journée peut-être pas comme les autres…

Il était une fois…



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© ASSOCIATION SOMME II

LE MARIN DU CROTOY

 

Cette histoire commence bien sûr par «  il était une fois ». Car dans notre vie faite de routines et d’habitudes peut parfois surgir quelque chose d’inattendu.

C’est l’histoire d’un jeune marin du Crotoy.

Ce jour-là, comme souvent, il traverse la baie à pied pour rejoindre le port d’en face, St Valery. Là, il retrouve ses 2 collègues, deux vieux loups de mer. Ils s’apprêtent tous les 3 à embarquer sur le baliseur de la baie de Somme, le mythique SOMME II.

© Collection Patrick VUE

Leur travail consiste à déplacer régulièrement des bouées vertes et rouges qui indiquent aux marins des bateaux de commerce et des bateaux de pêche, l’emplacement du chenal où ils peuvent naviguer. Quand, après chaque grande marée il y a des bouées à déplacer, l’opération est toujours la même, attraper une bouée avec un grappin et remonter le corps- mort en tirant sur la chaîne avec le cabestan.

© Collection ASSOCIATION SOMME II

Quoi, il y avait des cadavres accrochés aux bouées ? Mais non,  les corps-morts sont des blocs de béton destinés à lester les bouées pour qu’elles restent en place, d’accord !!!

Après avoir installé la bouée à son nouvel emplacement, on va à la prochaine et on recommence et après on recommence et ainsi de suite…Jusqu’à ce que toutes les bouées soient correctement placées le long du chenal.

Ce jour-là, Le SOMME II a dépassé la bouée de BIF, c’est la bouée de bifurcation entre le chenal menant à St Valery et le chenal menant au Crotoy. Il est arrivé jusqu’à la bouée no 17 au large du Hourdel et là on recommence, seulement cette fois-ci, contrairement aux précédentes, cette bouée no 17 est particulièrement difficile à remonter. Nos 3 marins ont tiré, tiré et tiré encore et dans un grand fracas, la chaîne a cassé… Il a même fallu la réparer. Et à force d’efforts et  d’ingéniosité ils ont fini par remonter le corps-mort sur le bateau.

© Parc Naturel Marin des Estuaires Picards et de la Mer d’Opale

Et là oh, surprise ! Entre les chaînes est coincée une sirène avec sa longue queue de poisson, ses écailles qui brillent, ses longs cheveux et autour du cou un collier avec un super coquillage. Les 3 marins en sont restés bouche bée, oh, qu’elle est belle !!!

© Lucie POPOV

La sirène n’a rien dit. Les marins ont délicatement décoincé sa queue de la chaîne, puis ils l’ont transporté dans le carré à l’intérieur du bateau pour qu’elle soit à l’abri,  ils l’ont soigné et la sirène s’est endormie. Pendant la nuit, à marée basse, le SOMME II s’est échoué au large du Hourdel. Les 3 marins ont passé de longues heures à la contempler sans parler et puis ils ont fini par s’endormir.

Le lendemain, quand ils se sont réveillés, la sirène s’était envolée… Tout ce qu’il restait d’elle c’était son collier avec ce beau coquillage. Quand ils sont rentrés au port cette fois-là, ils ne sont pas allés, comme d’habitude, boire le coup au café. Aucun des 3 n’a jamais parlé à personne de cette curieuse aventure. Chacun est reparti dans son coin, emportant dans son cœur la vision de cette superbe créature. Les jours qui ont suivi, ils ont repris leur travail, allant de bouée en bouée et on recommence.

Quand on est confronté  à une expérience aussi extraordinaire, aussi éblouissante, il n’y a que deux manières de réagir : on peut la vivre comme une trace que l’on cherche à oublier,  ou au contraire en cultiver le souvenir et chercher absolument à la revivre, cette mémoire devient  alors pour vous une balise qui vous dit où et comment vivre votre existence.

© WIKIMEDIA COMMONS Giovanna CANU et Eva SANTINI

Si les 2 loups de mer ont enfermé ce souvenir comme un secret que l’on 

met dans une bouteille et que l’on jette à la mer, le plus jeune a  gardé 

le collier auquel est accroché le beau coquillage. Et depuis ce jour, il 

passe son temps à chercher cette mystérieuse sirène, soit au bord de la 

mer, sur le rivage ou  à chaque bouée qu’il relève, il espère toujours… 

mais rien, à part quelques coquillages accrochés, RAS sur les bouées.

Trois années ont passé, un jour il y  a eu une terrible tempête, une de celle à ne pas mettre son nez dehors. Alors que tout le monde est bien à l’abri dans sa maison, le marin du Crotoy, lui, a mis sa casquette sur sa tête et il est sorti comme s’il répondait à un appel irrésistible. Certains crotellois l’ont vu passer devant chez eux, d’autres l’ont aperçu près de la plage, plus tard quand la tempête s’est calmée, tous les crotellois sont partis à sa recherche, en vain, on ne l’a jamais revu. On a juste retrouvé un collier avec un superbe coquillage…

© Maêlis ROSAK

Le jeune marin du Crotoy n’a-t-il pas répondu à un appel mystérieux, allez savoir… ?

© TAO KAUFFMAN

Il y a des situations qui échappent parfois à la raison…

 

ASSOCIATION SOMME II  Thomas DUPONT  Ecole primaire JULES VERNE   Le Crotoy 2021

Dans le sillage d’une idylle iodée…

 

« Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection » Lautréamont, poète français du XIXème siècle cher aux surréalistes.

© Jules LACHEREZ

Les rencontres ne sont pas toujours aussi insolites et improbables. Même si on dit souvent que le hasard fait bien les choses, il ne les invente  pas, il s’ingénie à les faire vivre.

Il faut d’abord imaginer le théâtre des évènements, effectivement, il y a toujours un point de ralliement fétiche, un décor symbolique, un lieu magnétique qui fait office de témoin de circonstance. Et là, justement, c’est l’ATSO prête à nous en conter. « Ça ne pouvait qu’arriver, à force de tanguer et de s’amariner  à l’unisson » ! Pour une belle rencontre, c’est une belle rencontre, si peu fortuite soit-elle. Le poète avisera.

© Mali

Pour preuve, elle c’est une vedette bien profilée, élégante, pimpante et réactive. Elle se nomme ESQUINA. Joli nom pour un bateau de travail. Au service des Phares et Balises, cette baroudeuse sillonne la Manche de Dunkerque à la baie de Somme après avoir bourlingué dans d’autres horizons. Toutes les balises visitées ont intérêt à bien se tenir, elle ne plaisante pas avec la sécurité, elle en est la gardienne.

Lui, c’est un costaud bien membré, un travailleur infatigable parfois un peu balourd, mais tellement attachant. L’emblématique SOMME II, bateau de travail, baliseur de la baie de Somme également au service des Phares et Balises, veille consciencieusement sur la bonne discipline de ses 60 bouées jalonnant le chenal jusqu’à l’exutoire du fleuve. C’est du sérieux, l’espièglerie de la Somme s’obstine à gagner la mer en divaguant au gré des marées et des tempêtes, elle est difficile à dompter et joue avec ses nerfs. Mais lui est stoïque et intraitable.

© Juliette VAN PRAËT

De toute évidence, ces deux-là se connaissent bien. Ils sont nés sous le même toit en 1950, sûrement carène contre carène dans les Chantiers AUROUX d’Arcachon. Faits du même bois, ils ont pris forme entre les mains expertes des maîtres charpentiers de marine. Ça crée des liens intimes indéfectibles, une complicité à toute épreuve.

Voilà donc nos deux protagonistes, au caractère bien trempé, qui ne manquent  pas d’exprimer leurs aptitudes singulières à dompter les situations les plus houleuses. Elle, imperturbable dans la tourmente des éléments est taillée pour ça, il n’y a qu’à voir sa coque fuselée et soulignée d’une longue quille longiligne. Lui, au contraire, avec son faible tirant d’eau, en profite pour « rouler sa caisse », il fait mine de gîter pour mieux éclabousser. Il peut même à loisir s’exhiber fièrement torse allongé sur un banc de sable bien au sec et fanfaronner avec son ventre plat bien musclé. Il n’y peut rien c’est sa nature, on l’a conçu pour pouvoir s’échouer, il en profite.

©  Domitille BROWET 

© Juliette VAN PRAËT

Tous les deux se retrouvent régulièrement à l’ultime limite de leur bassin d’intervention et point de rencontre fatidique au moment de l’étale, autour de l’ATSO. Vous savez, cette grosse balise d’atterrage à cloche qui signale l’entrée nord de la baie de Somme. Peinte en rouge et blanc, elle est inratable. Elle sert aussi de point d’ancrage aux bateaux de pêche et aux caboteurs en attente du flot pour enfin s’engager dans la passe du chenal entre les bouées S1 et S2. C’est précisément là que se joue un étrange et ambigu ballet où s’entremêlent d’une part une activité de maintenance purement professionnelle des équipements de la bouée et d’autre part, ce qui pourrait s’apparenter à une sorte de parade expressive voire lascive. Les retrouvailles sont excitantes. Ni voyons aucune indécence, c’est une noble et sincère affection. Mais là, c’est une autre histoire.

Il n’est que de constater comment SOMME II vire de bord nonchalamment autour d’ESQUINA, la taquine de petits abordages provocateurs à fleur de bordé. Quant à ESQUINA, non moins timide, elle  esquisse de légers frôlements proue contre proue, quand ce ne sont pas des balancements de poupe aguicheurs, plus que sensuels, en vent arrière. Il faut les voir dans les roulis, en harmonie parfaite, surgir à la crête des vagues puis disparaître dans le creux de la houle telle une danse légère et voluptueuse sur les ondes au tempo bien réglé. La mer semble les bercer, leur appartenir et leur offrir un instant privilégié et intemporel, elle est leur alliée et de connivence, c’est évident ! Sans vouloir faire trop de remous, Poséidon lui-même en resterait médusé.

©  Domitille BROWET 

La valse des troublants entrelacs et l’effervescence écumeuse des sillages qui en découlent traduisent une activité jubilatoire intense. Eros a souqué ferme ! D’ailleurs, une douce odeur marine chargée d’iode et de fraîcheur plane et embaume l’atmosphère en formant une légère brume avec panache en forme de vortex comme un voile de pudeur. 

Tous les habitants de la baie qui n’entrent pas dans la confidence en sont persuadés, ils connaissent bien cette spirale brumeuse qui enveloppe l’ATSO, mais ils prétendent qu’il s’agit d’un phénomène météorologique naturel et périodique. C’est comme d’habitude. Pourtant il aurait suffi de tendre l’oreille à la brise marine venue de l’ouest pour être charmé par une musique complexe sortie du corps des deux épris, telle une clameur palpitante, une ritournelle bien rythmée au son des mécaniques au grand cœur.

©  Domitille BROWET 

Mais alors, où sont les capitaines  et leurs matelots ? Qui donc tenaient les barres, qui sont les maîtres à bord ? Auraient-ils été aspirés par l’hypnotique bleu outre-mer d’une liqueur trop saline ou une émanation abyssale pénétrante et paralysante  leur aurait-elle fait perdre de vue tous les amers ? A moins qu’ils n’aient été ensorcelés et captifs du chant des sirènes. On préfère croire que l’attraction entre ESQUINA et SOMME II est tellement puissante et envoutante qu’une brèche s’entrouvre tel un chavirage qui renverserait et absorberait la réalité, celle de la raison au profit de la passion. Juste le temps de l’exultation.

Voilà, cette petite fenêtre qui s’est ouverte dans l’infini du large, se referme et s’estompe comme un songe hors du temps, dans l’espace gris bleuté. Matisse aurait adoré !

© Juliette VAN PRAËT

Alors, finie l’intrigue ? La mer reprend ses droits, vite c’est l’heure de la marée, il est temps d’appareiller. Comme si de rien n’était, chacun reprend le cap en direction de son port d’attache respectif. Mission accomplie. Proue à proue, ESQUINA vers le large en direction de Boulogne, SOMME II zigzagant entre les balises du chenal en direction de St Valery. Ne reste sur place que l’écho de leur moteur qui s’insinue et  s’évapore depuis  l’ATSO dans le murmure du vent noroît.

…Jusqu’à la prochaine révision de l’ATSO, prétexte à inaugurer un nouveau chapitre à l’orée du mystère. 

Laissons-nous emporter par tout fanal bien inspiré… 

 

GLOSSAIRE

 

       ABYSSALE : grande profondeur marine

       S’AMARINER : s’habituer à la houle

       AMER : point de repère fixe pour les marins

       APPAREILLER : manœuvres pour quitter un port, un ancrage…

       ATSO : bouée d’atterrage (AT) Somme (SO)

       ATTERRAGE : approche des terres, d’une zone côtière, d’un port, d’une baie …

       BORDE : enveloppe extérieur de la coque

       CABOTEUR : petit cargo naviguant près des côtes

       CARENE : partie immergée de la coque d’un navire ou œuvres vives

       ECHOUER : navire immobilisé sur le sable ou les hauts fonds

       ETALE : niveau stationnaire de la mer entre marée haute et marée basse

       FANAL : petite lanterne allumée sur les bateaux

       FLOT : marée montante ou flux

       GÎTER : forte inclinaison du navire

       HOULE : agitation de la mer par ondes successives

       JUSANT : marée descendante ou reflux

       NOROÎT : vent de nord-ouest

       ROULER : basculements de tribord à bâbord

       SOUQUER : tirer fortement sur les rames, sur un nœud …

       S1 S2 : bouées d’accès au chenal de la Somme

       TIRANT D’EAU : profondeur de la coque immergée sous le niveau de l’eau

       VORTEX : tourbillon

 

                                                                           ASSOCIATION SOMME II   Christian PORQUET  2021

Protecteurs 3 

(Association Somme II/Thomas Dupont/ Rando Nature-autres guides nature/avril 2021)

En baie de Somme, face à la puissance des éléments, il est toujours bon de savoir que l’on peut compter sur le baliseur SOMME II…

Il était une fois…

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LE GALET ROUGE

 

C’est l’histoire de t’chiot Louis, un très jeune infirmier qui habitait Saint Valery sur Somme.

Sa petite enfance avait été bien triste puisqu’il l’avait passée dans des familles d’accueil. 

Il ne connaissait rien de son histoire jusqu’à ce qu’il retrouva enfin sa mère, il y a trois mois, l’année  de ses 23 ans.
Mais le sort continua de s’acharner sur lui. 
Elle mourut subitement pendant l’été.
Juste le temps de la connaître un peu, de comprendre pourquoi elle avait dû l’abandonner.
Il aurait tellement voulu en savoir plus sur son histoire, ses racines.

Novembre était brumeux…

Emmitouflé dans un moelleux caban, Louis, pensif, arpentait les deux kilomètres de grève, une longue ligne entre les galets et la route de Cayeux que les habitants appelaient les planches.
Il était 16 heures et la mer s’était engourdie dans des voiles étrangement orangés…
une ambiance de Toussaint.
Il aimait cette période de l’année, vidée des estivants qui n’attendaient de la mer, que le bleu des cartes postales. Il pouvait se recueillir enfin et penser à sa mère, à l’émotion des retrouvailles.

© David DELANNOY

L’horizon s’était gommé, la mer avait disparu sous un ciel poudré et mystérieux.

Parfois le cri d’une mouette arrachait l’espace.

T’chiot Louis entendait les vagues s’engouffrer entre les galets et marchait ainsi en aveugle, l’image de sa mère chaleureusement cachée au fond de son cœur. 
Guidé par le bruit de ses pas sur l’horizontalité des planches, il fut arrêté par deux silhouettes bruyantes qui se détachaient des vagues et du brouillard, affairées à je ne sais trop quoi…

© Christian PORQUET

« Saisis la, saisis la » …criait celui qui portait des cuissardes et tiens bon ».

L’eau claquait violemment. Il semblait qu’on la cisaillait. 

Elle se débattait, giclait…, crachait rejetait l’écume et des nuées de galets jusque sur la rive.


Un petit caillou ocre rouge projeté violemment tomba aux pieds du promeneur.

Les cris continuaient d’arracher l’espace.

 

«Clovis, Tiens bon, empêche-la.
Fais attention, fais attention! »  .

On distinguait vaguement la silhouette de deux personnages, enfoncés dans l’eau jusqu’ à la taille.
Soudain,  une masse énorme haute comme une montagne sombre se souleva  propulsée par un  vent venu de je ne sais quel enfer, chargé de foudre et d’éclairs. Dans leurs rages de bronze et de bave les éléments déchainés s’enroulèrent vifs comme des serpents sur les deux corps impuissants.

La scène dura quelques secondes, avalant tout dans un bruit de déchirure…
Les formes, les cris, les couleurs opalines et les corps disparurent emportés dans le silence des profondeurs. 

© Christian PORQUET

Plus rien…

Un petit galet rouge projeté par la mer et qui gisait là il y a encore un instant, palpitait aux pieds de Louis, et se tordait dans des lambeaux de lumière.

Il se  pencha pour l’attraper, l’essuya, et remarqua qu’il était couvert de stries et de blessures.

Il le glissa dans sa poche.

Lorsqu’il releva la tête, la mer était devenue calme, 

pianotant ses arpèges d’automne sur la rive.


Il pensa qu’il avait rêvé.
La nuit se mêla à la brume…il fallait rentrer.

Mais le mystère de cette scène ne le quitta pas.

© Christian PORQUET

Le lendemain, il lui arriva un événement tout aussi troublant. 

Alors qu’il traversait la rue, il fut arrêté par une scène qui aurait pu être fatale : un enfant affolé courait après son chien entre des voitures qui roulaient à vive

 allure.


Louis se mit à crier, lançant les bras de haut en bas comme un sémaphore. 

L’accident semblait inévitable. Un camion aveugle fonçait sur l’enfant. Désespéré, il  continua de crier de plus belle en se tapant les mains sur les cuisses.

Les coups étaient si forts que quelque chose se mit à battre dans sa poche…


Le petit galet qui logeait là depuis la veille palpitait, se tordait, picotait, lançait des gémissements étouffés. 


…Et puis comme par miracle, tout s’arrêta, les bruits de la rue, la circulation…

Louis aperçut l’enfant qui souriait et embrassait son chien. 
La rue était vide, les voitures, le camion effacés. 

Un an plus tard jour pour jour, il retrouva le petit galet qu’il avait fini par déposer dans une vitrine à côté d’un portrait d’enfant habillé en marinière. 
Il avait retrouvé cette photo chez sa mère après sa mort sans savoir qui pouvait  y être représenté.

Il remarqua ce jour-là que d’étranges lueurs apparaissaient à la surface du galet.
Des formes et des signes rougeoyaient.
Il regarda d’un peu plus près, le retourna dans tous les sens et qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’il comprit que toutes ces petites blessures n’étaient autres que des lettres.
Le caillou était crypté…on distinguait un L, un V, un O, une sorte de S, une barre verticale I…et puis entre parenthèse un C. 

© Christian PORQUET

Depuis sa plus tendre enfance Louis collectionnait les galets de la plage de Cayeux, et surtout ceux qui portaient des lettres. Il appelait ça ses messages de la mer ! 
Et depuis un an celui-ci lui envoyait un appel qu’il ne voyait pas !
VOL ? VOLS ? LOIS ? VOIS ?  Il essayait de libérer le mystère de ces anagrammes en vain.

Alors qu’il tentait de relier les lettres dans tous les sens, la sonnerie du téléphone retentit. 
C’était Paule qui l’invitait sur le SOMME II à 14 heures au port de Saint Valery. Le vieux baliseur classé monument historique était enfin restauré. 
II accepta l’invitation, le galet lui faisait signe.
Mais de quoi ? 
Quel rapport avec les deux scènes étranges qu’il avait  vécues l’année dernière ?
Il arriva au port. Il y avait un monde fou sur le quai.

Il retrouva Paule, Christian et les amis sur le pont du SOMME II.
Pour fêter l’événement, l’association avait installé un écran et projetait une vidéo  sur l’histoire du baliseur. 
Louis regardait le documentaire machinalement  lorsqu’il reconnut l’image du petit garçon en marinière. 

© Christian PORQUET

Le portait ! C’était celui de sa vitrine à côté du galet rouge.

Il n’en revenait pas.

Attentif cette fois ci aux commentaires, il comprit que c’était la photo de son arrière-grand-père enfant, qu’il s’appelait Clovis… les lettres gravées sur le galet.

Il fut le premier capitaine du baliseur en 1950.


Il avait sauvé une centaine de personnes au milieu de la baie.
 

Et puis surtout, le documentaire racontait qu’une légende était née à son propos.
Clovis avait une telle force qu’il était capable d’arrêter cette vague d’une violence inouïe qui surgissait depuis la nuit des temps tous les 66 ans, s’abattant sur la grève, brisant la digue, s’engouffrant dans la ville et détruisant les maisons les plus proches.

Tout était clair maintenant, la scène de noyade à laquelle il avait cru assister il y a un an évoquait cette légende.   
Il les avait cru morts, mais le chroniqueur poursuivant son récit précisa que la vague fut arrêtée, (c’était un miracle), et qu’on les retrouva sur la digue, assommés, mais vivants, protégés par un étrange rempart de galets rouges…

© Luis LINARES

On raconte depuis que parfois sur les planches, face à la mer, à l’endroit même où le capitaine arrêta la vague, on peut trouver des petits galets rouges. 

Des messages y sont gravés. 

Heureux celui qui les trouve et sait les lire, parce qu’ils ont le pouvoir de sauver les gens en détresse.

Quant au petit galet aux pouvoirs magiques qui avait surgi aux pieds de Louis, il continua sa mission de protection sur tous ceux qui l’approchaient et comme il était infirmier, ça tombait bien.
Comme son grand père, Il sauva à son tour des centaines de personnes.

T’chiot Louis vécut longtemps et eut une mort douce, dans son lit, fenêtres

 grandes ouvertes face à la mer.


Sur son testament, il demanda que l’on incruste le galet dans un des pans de

 la chapelle des marins afin que chacun puisse recevoir la protection du

 capitaine Clovis, 

son arrière-grand-père, le capitaine du SOMME II.

© David DELANNOY

ASSOCIATION SOMME II

Anne Marie JOUVE-BALEDENT 

Janvier 2022

Trametes Versicolor 

(Association Somme II/Thomas Dupont/ ARTEPHILE-GEMLEPASSAGE/Mai 2021)

C’est l’histoire d’un chasseur sauvé par le baliseur SOMME II et de son fils…

Ce fils, un temps bûcheron, a découvert un secret en forêt d’EU…

De quel secret s’agit ’il… Que va-t-il en faire ? 

MAIS quelle histoire !!!!…

Il était une fois…

Ecouter la suite de l’histoire en cliquant ci-dessous

TRAMETES VERSICOLOR

Légende illustrée par les élèves du Collège de CONTY

 

Il était une fois un jeune garçon qui s’appelait LUCAS, mais le plus souvent on l’appelait « tchio corleu » parce que son père c’était « ch’corleu » ce qui signifie le courlis. Eh oui, chaque fois que le père de Lucas partait à la chasse en baie de Somme, « la chasse à la botte » avec juste son fusil sur l’épaule, il n’avait pas son pareil pour siffler les courlis qui passaient dans le ciel, ainsi les courlis se rapprochaient de lui et il les ramenait à la maison.

© MARGOT TRAISNEL

D’ailleurs un jour « ch’corleu » était parti à la chasse comme d’habitude mais ce jour-là, on ne sait pas trop comment, on ne sait pas trop pourquoi, à un moment donné, le voilà qui est tombé inconscient sur le sable, là au cœur de la baie. Et oui, ça aurait pu très mal se terminer. Heureusement pour lui, non loin de là, échoué sur les bancs de sable dans l’attente de la prochaine marée, le baliseur SOMME II attendait le flot pour continuer son travail de balisage. Les marins ont aussitôt repéré ce chasseur allongé sur le sable alors que  la mer commençait à envahir les vasières et ils l’ont  sauvé de justesse.

 Depuis ce jour-là « ch’corleu » emmène très souvent son petit Lucas voir le baliseur entrer et sortir du port. Chacun d’eux l’observe avec un regard attendri. Personne ne raconte ce qui se serait passé si le baliseur n’avait pas été échoué en baie ce jour-là mais tout le monde le sait.

Et ainsi, le temps passait…Lucas travaillait dur, parfois pieds nus dans l’eau, mais il aimait cette liberté, les embruns, les couleurs opalines des Mollières. 

Devenu grand, il songeait à ramasser les « passe-pierres » et les « oreilles de cochon », tous ces végétaux de la Baie de Somme. Seulement pour devenir un professionnel de la pêche à pied, un ramasseur de végétaux marins dans la baie, 
il fallait absolument obtenir une licence. L’attente était longue, parfois très longue, dix ans et plus…disait-on… 

En attendant d’obtenir cette précieuse licence, il décida de devenir bûcheron en forêt de Crécy. Cette forêt ce n’était pas la baie de Somme,  il a pourtant appris à la connaître et à l’apprécier.

Un jour d’hiver, il y eu une terrible tempête, le vent se mit à hurler si fort dans les branches que  tous les bûcherons quittèrent la forêt. Lucas, lui, posa son casque et sa tronçonneuse par terre et s’enfonça dans la forêt… L’appel de la forêt qui sait ? Au milieu des bourrasques, il pénétrait toujours plus profondément dans cette mystérieuse forêt. Soudain Lucas se retrouva face au «Vénérable », un chêne majestueux.

© TAO KAUFFMAN

© THYPHAINE CALOIN

Le bruit était assourdissant, ça soufflait, ça craquait,  et ça ventait de toutes parts.

 

Et brusquement, la branche qui était juste au-dessus de sa tête tomba sur son crâne, dans un énorme CRAC !!!  Lucas, assommé et ensanglanté, s’évanoui.

Tout à coup l’écorce du grand chêne s’ouvrit devant lui, une dame à la peau d’écorce, avec de longs doigts comme des branches et des feuilles pour cheveux s’est penchée au-dessus de lui. Elle lui a caressé la tête précisément à l’endroit de sa blessure, a entonné une mélodie incompréhensible puis a disparu. Quelques instants plus tard, Lucas s’est réveillé, sa blessure avait mystérieusement disparu. Il rentra chez lui et garda au plus profond de son cœur et de son esprit le secret de cette incroyable aventure vécue en forêt.

 

Lucas repris son métier de bûcheron.

 

Quelques temps plus tard, il obtint sa licence professionnelle tant attendue. Il en était profondément heureux, vivre au rythme des marées, ramasser des « passe-pierres » et des « oreilles de cochon », c’était son vœu le plus cher. Il se sentait si bien dans la baie.

 

Passent les marées, passent les mois, passent les années.

© THYPHAINE CALOIN

© KILLIAN DUPUIS

Un jour Lucas, « tchio corleu » prit sa retraite. Chaque matin, son plaisir était d’aller boire son petit café tout en lisant son journal, mais ce jour-là quand il ouvrit son quotidien, qu’elle ne fut pas sa surprise…Il aperçut un article qui parlait de SOMME II, le baliseur. Il était écrit que ce bateau était malade, et que le bois de la coque était rongé par un champignon qui s’appelait TRAMETES VERSICOLOR.

Lucas connaissait parfaitement ce champignon, il l’avait côtoyé pendant de nombreuses années en forêt de crécy. Eh bien oui… Des troncs d’arbres débités qui restaient posés longtemps sur le sol se recouvraient inexorablement d’énormes champignons dont les filaments étaient à l’intérieur du bois, ce champignon rongeait le bois jusqu’à le décomposer. « Tchio corleu » se disait que si le bateau était attaqué par ce champignon c’était probablement que les grumes de bois qui avaient servi à la restauration du baliseur avaient séjourné trop longtemps en forêt et avaient été contaminées par TRAMETES VERSICOLOR.

Si le problème venait de la forêt, la solution se trouvait forcément dans la forêt, car pour Lucas, il était hors de question de laisser TRAMETES VERSICOLOR dévorer le baliseur.

Alors Lucas retourna dans la forêt de Crécy. Il retrouva le chemin qui menait au « Vénérable ». Debout devant le vieux chêne, il était très ému, il s’est mis à genoux et  a appelé  la dame à la peau d’écorce. Mais hélas, tout restait calme, rien ne bougeait, il sentait le souffle de la forêt lui caresser le visage…Le temps passait, découragé, il décida  de rebrousser chemin.

C’est alors que, là devant lui, l’écorce du vieux chêne a commencé à se craqueler, puis à s’écarter et comme dans un rêve, il reconnut la dame à la peau d’écorce avec ses longs doigts comme des branches et des cheveux comme des feuilles. Elle s’avança vers lui,  elle lui prit la main et l’emmena à l’intérieur du vieux chêne, c’est alors que l’écorce se referma. Il se retrouva dans un monde peuplé de brumes, il entendait les pulsations que faisait la sève en circulant dans l’arbre. En observant ce nouvel univers,  il aperçut, au pied des racines du vieil arbre, une source qui coulait paisiblement, une fiole en verre était posée par terre. Lucas se saisit aussitôt de la fiole et la remplit avec l’eau de la source, il regarda la dame à la peau d’écorce, elle lui  sourit. A ce moment-là, il ouvrit les yeux. Il était allongé au pied du vieux chêne, une fiole remplie d’un liquide transparent dans ses mains. 

 

Lucas savait ce qu’il devait faire…

© THYPHAINE CALOIN

Ainsi  Un soir, muni de sa précieuse fiole, Lucas se dirigea discrètement vers le port, le baliseur SOMME II était là comme une âme en peine. Lucas monta à bord et goutte après goutte, il déposa l’eau de racines à différents endroits de la coque du bateau, le liquide s’infiltra immédiatement. Puis Lucas quitta le bateau et remonta sur le quai.

© MARGOT TRAISNEL

Il assista alors à une sorte de combat entre l’eau de racines et le TRAMETES VERSICOLOR. Dans les minutes qui suivirent, il vit sortir des bordés, des sortes de filaments gluants et phosphorescents, ainsi TRAMETES VERSICOLOR était irrémédiablement extirpé de la coque du bateau chassé par l’eau de source. Complètement affolés, tous les filaments s’étaient regroupés sur le port et s’étaient rapidement enfuis en direction de la forêt de crécy.

Quelques jours plus tard, sur le port, des officiels couraient dans tous les sens, la télé régionale était présente, même le curé de St Valery était là… Incroyable…Inimaginable…TRAMETES VERSICOLOR, le champignon qui infestait la coque du SOMME II avait tout simplement disparu comme par enchantement.

SOMME II, flambant neuf, respirait. Il était guéri. L’expert Monument Historique, lui-même, venu au chevet du baliseur, n’en croyait pas ses yeux,  le baliseur SOMME II était comme neuf. 

SOMME II sauvé, il fallait absolument fêter cette excellente nouvelle, c’est alors que dans tous les ports de la baie, on se mit à danser et à chanter comme seuls les marins savent le faire.

 

Puisses-tu à tout jamais, rester enfermé dans ta forêt 

Espèce de TRAMETES VERSICOLOR !!!

 

 

Histoire créée par Thomas DUPONT avec les associations ARTEPHILE et GEM LEPASSAGE80

ASSOCIATION SOMME II

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St Valery sur Somme

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